TOI est le nom sans néant
[…] « toute rencontre est l’énigme
une série d’accidents
la somme n’explique rien
c’est pour moi que tu es venue
pour moi seul
et
l’amour dis-tu
est le penser ancien
quand tout geste
était de la pensée
et chaque geste
entrait dans les choses
toucher l’autre
c’était le penser
puis
ton sourire
dans mes yeux
pense ton visage
et ce pensant je pose
ici
le masque invisible
de ce que je vois
ne le voyant plus
entre tes lèvres
ma langue lèche
la ligne
[…]
donne-moi encore dis-tu
et la bouche ouverte
tu manges l’air sur mes lèvres
et
c’est toi
me dis-je toi
et contre toi je suis
l’autre
que tu fais de moi
puis
sur nos vertèbres
l’instant s’accroît
dressant le long de notre dos
la crête du vieux dragon
gardien du toucher long
couleurs
couleurs
la nuque chante
le visage s’enfonce
dans l’œil
et
autour de la pierre
où nous fait l’un
le soleil trace un C
auquel l’éclat de
nos montres posées
ajoute une cédille
le petit trou noir de tes yeux
n’est pas une lettre O
je ne le comblerai pas
et mon image déjà
cherche là quelque échO
jamais n’en reviendra
O toi
disais-tu quand
tu n’étais pas encore toi
si notre savoir est supar d’autres têtes
reverse donc ta tête
sur la terre et prends-moi
car tu me vois
au lieu que de l’obscur
en toi ne peut venir
que catastrophe
toi O
qui maintenant es toi
ta bouche est une bouche
et derrière tes dents je touche
sans aucun doute
une langue
la vérité O
qui ne voudrait tomber
de
dans mais je garderai
seulement tes yeuxet ce frisson du commentdire […] »
Bernard Noël, « L’été langue morte », chant deux, La Chute des temps, Gallimard, Collection Poésie, pages 90-94.
[…] « toute rencontre est l’énigme
une série d’accidents
la somme n’explique rien
c’est pour moi que tu es venue
pour moi seul
et
l’amour dis-tu
est le penser ancien
quand tout geste
était de la pensée
et chaque geste
entrait dans les choses
toucher l’autre
c’était le penser
puis
ton sourire
dans mes yeux
pense ton visage
et ce pensant je pose
ici
le masque invisible
de ce que je vois
ne le voyant plus
entre tes lèvres
ma langue lèche
la ligne
[…]
donne-moi encore dis-tu
et la bouche ouverte
tu manges l’air sur mes lèvres
et
c’est toi
me dis-je toi
et contre toi je suis
l’autre
que tu fais de moi
puis
sur nos vertèbres
l’instant s’accroît
dressant le long de notre dos
la crête du vieux dragon
gardien du toucher long
couleurs
couleurs
la nuque chante
le visage s’enfonce
dans l’œil
et
autour de la pierre
où nous fait l’un
le soleil trace un C
auquel l’éclat de
nos montres posées
ajoute une cédille
le petit trou noir de tes yeux
n’est pas une lettre O
je ne le comblerai pas
et mon image déjà
cherche là quelque échO
jamais n’en reviendra
O toi
disais-tu quand
tu n’étais pas encore toi
si notre savoir est supar d’autres têtes
reverse donc ta tête
sur la terre et prends-moi
car tu me vois
au lieu que de l’obscur
en toi ne peut venir
que catastrophe
toi O
qui maintenant es toi
ta bouche est une bouche
et derrière tes dents je touche
sans aucun doute
une langue
la vérité O
qui ne voudrait tomber
de
dans mais je garderai
seulement tes yeuxet ce frisson du commentdire […] »
Bernard Noël, « L’été langue morte », chant deux, La Chute des temps, Gallimard, Collection Poésie, pages 90-94.
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